Consommation responsable

5 raisons de ne plus suivre la mode et les saisons

L’industrie de la mode roule à plein régime. À peine la collection « printemps-été » disponible en magasin que celle « automne-hiver » apparait déjà dans les magazines. Ainsi, dès que nous venons d’enfiler notre vêtement dernier cri parfaitement en accord avec les dogmes de la mode, nous sommes bombardés de publicités pour nous informer que, l’été prochain, ce que nous avons porté il y a un an ne fera plus et qu’il nous faudra acheter de nouveaux vêtements. Et alors, si nous sommes bien dociles, nous retournons au magasin, surconsommer encore pour la prochaine saison.

Il faut alors se demander pourquoi la mode se renouvelle si fréquemment. La mode stimule le marché de l’habillement qui, à titre indicatif, est projeté valoir 1 500 milliards de dollars américains en 2020. Or, faisant partie de notre système économique basé sur la croissance, ce marché ne peut se limiter à sa taille déjà colossale. En effet, derrière les belles images publicitaires se cachent des actionnaires qui, trimestre après trimestre, demandent du profit. De ce fait, l’industrie de la mode se doit, face à eux, de se réinventer, de gagner de nouveaux clients, de les pousser à acheter plus, bref, de grossir. De plus, pour arriver aux objectifs de rentabilité demandés, elle doit aussi diminuer ses dépenses au maximum.

Été

Or, cette croissance infinie et ces coupures dans les dépenses ont un prix ou plutôt plusieurs que je tenterai de vous exposer au travers 5 raisons de ne plus suivre la mode et les saisons :

1. Pour l’environnement 🚛

L’achat d’un nouveau vêtement a une empreinte environnementale élevée. En effet, l’industrie textile génère environ 5% des gaz à effet de serre mondiaux, soit l’équivalent des émissions du secteur de l’aviation, et est responsable de 20% des rejets des eaux usées à l’échelle mondiale. Cette empreinte énorme sur notre planète s’explique notamment par le fait que produire un vêtement comporte un bon nombre d’étapes dont chacune génère son lot de pollution:

  • La production des fibres 🐑

En fait, dès la première étape de la création d’un vêtement, qui est de produire les fibres qui le composeront, le vêtement commence déjà à contracter une dette environnementale. En effet, qu’on utilise du coton – dont la culture utilise une grande quantité de pesticides -, des fibres synthétiques comme le polyester – qui est fait de pétrole et qui émet du protoxyde d’azote contribuant à l’amincissement de la couche d’ozone – ou de la laine – fibre qui nécessite une grande quantité d’énergie pour être nettoyée de toute impureté –, l’impact écologique de la production du vêtement commence déjà à se créer dès cette étape.

  • L’énergie 🔥

Malheureusement, le bilan continue à s’assombrir lors des autres étapes de la production des vêtements. En effet, les machines performant la filature, le tissage, la teinture, la confection et les autres traitements demandent une grande quantité d’énergie, positionnant l’industrie du textile et du cuir en huitième position dans la liste des industries manufacturières les plus consommatrices d’énergie. Or, l’énergie à travers le monde provient souvent de sources fossiles comme le charbon, le gaz naturel ou le pétrole. C’est le cas notamment des énergies utilisées en Chine et en Inde, pays qui détiennent de grosses parts de la production de textiles et qui contribuent, donc, à la quantité sans cesse croissante de CO2 rejetée dans notre atmosphère.

  • L’eau 💧

Par ailleurs, peu importe le pays, la production d’un vêtement demande une quantité énorme d’eau notamment lors du nettoyage des fibres et de la coloration des vêtements. De plus, produire un vêtement mène à des déversements de produits chimiques dans les cours d’eau, notamment lors du blanchiment des textiles ou des processus donnant des propriétés de « résistance à l’eau » ou d’« anti-rétrécissement » aux vêtements. Ce déversement de cocktails chimiques est chose inquiétante pour les espèces aquatiques et la qualité de l’eau potable pour les humains, et alourdit l’empreinte environnementale de la production de vêtements.

  • Le transport jusqu’à la maison 🚢

Après toutes les étapes de sa production, le vêtement est alors fin prêt à prendre la direction des magasins, mais même cette étape ne se fera pas sans frais écologique. Le vêtement sera emballé dans un sac de plastique et transporté par avion, cargo et camion, augmentant son bilan carbone. Il est à noter, toutefois, que le transport représenterait seulement 2% de toutes les émissions de GES de l’industrie de la mode. Après cette étape, il arrivera au magasin pour être déballé, acheté et mis de nouveau dans un autre sac de plastique qui atterrira, après cette longue épopée, chez son acheteur. Ce dernier le portera, le lavera – ce qui générera le plus grand impact environnemental de la mode, soit le rejet de microplastiques contenus dans les fibres synthétiques dans nos cours d’eau et nos sols – et l’enverra au dépotoir avec d’autres vêtements jetés, soit environ 37 kilogrammes de vêtements par personne par année.

Malheureusement, ceci n’est pas tout du portait sombre des vêtements. Ces étapes fortement polluantes sont exacerbées par le fast fashion. L’ère de la mode du jetable vient augmenter la quantité de pollution générée par la production textile en convainquant de la désuétude précoce des vêtements et augmentant, par ricochet, la quantité de nouveaux vêtements produite. C’est pourquoi, ne plus suivre la mode, c’est ne plus contribuer à la production non nécessaire et néfaste pour l’environnement de vêtements. En d’autres mots, arrêter de suivre la mode, c’est faire partie du mouvement de décroissance économique pour le bien-être de l’environnement.

Printemps

2. Par conscience sociale 💡

Les vêtements achetés ici sont souvent produits dans des pays qui n’ont pas du tout les mêmes normes de travail que nous. Pour diminuer leurs dépenses, les compagnies vont produire leurs vêtements dans des pays en voie de développement pour obtenir une main-d’œuvre peu chère et où travailler sans relâche est la norme. La concurrence entre les pays pour vendre leur main-d’œuvre à ces compagnies est féroce. La Chine dont le salaire dans l’industrie textile est de 340 US$/mois, vu longtemps comme le pays à la main-d’œuvre à rabais, a été depuis détrônée par d’autres pays comme le Bangladesh avec 96 US $/mois ou, pire, l’Éthiopie avec 26 US$/mois, ne possédant pas de salaire minimum.

5-raisons-de-ne-plus-suivre-la-mode-salaire
Source : statistica

Avant 2015, la présence de quotas d’importation de textile venait limiter la compétition qui règne actuellement entre les pays producteurs. Chaque pays exportait donc une quantité limitée de textiles ce qui venait assurer des salaires plus élevés à la main-d’œuvre dans l’industrie du textile. Malheureusement, depuis cette abolition, les pays en voie de développement ont payé cher la note. Sous l’effet de la compétition, adultes, enfants et personnes âgées travaillent dans les manufactures à des salaires dérisoires pendant de longues heures, même les soirs et les fins de semaine, pour fournir à la demande démesurée de vêtements nourrie par le fast fashion. Arrêter de suivre la mode, c’est montrer notre opposition à une telle surexploitation d’humains et faire preuve de solidarité.

3. Pour faire l’éloge de sa personnalité 👖

Arrêter de suivre le mode, c’est s’émanciper de cette industrie qui nous fait croire que le chandail que nous adorons, acheté il y a un an, est démodé et n’est plus digne d’être porté. L’industrie de la mode se base sur le fait que les humains aiment faire partie d’une communauté. Or, elle instrumentalise ce désir créé par la société de consommation en nous faisant sentir que sans ce chandail, cette nouvelle veste ou ces bottes, nous sommes différents des autres et ne sommes pas dignes d’être dans le groupe. Arrêter de se laisser dicter par cette fausse idée, ce faux sentiment, c’est voir le big picture de la mode, de savourer son unicité et éviter tous les effets inhérents et néfastes à l’industrie de la mode. Cesser de suivre la mode, c’est aussi être soi-même, c’est être original et c’est célébrer son propre style, unique et non dicté par les grandes entreprises de la mode.

Automne

4. Pour avoir plus de temps

Ne plus suivre la mode, c’est arrêter de perdre son temps à épier les dernières tendances. C’est également diminuer le temps passé dans les magasins dans le but d’acheter un énième chandail ou, encore, sur les sites web à regarder la quantité faramineuse de vêtements disponibles (que de temps peut être perdu à faire ça !). Tout ce temps passé à regarder les magazines, les défilés de mode, les vedettes affichant leur dernier ensemble parfaitement en accord avec les critères de la saison sur Instagram, à magasiner et à regarder les sites web de vêtements permet d’avoir beaucoup plus de temps pour soi et pour les choses qui comptent vraiment.

5. Pour arrêter de perdre de l’argent 💰

Quelqu’un qui dépense selon les aléas de la mode doit utiliser une grande partie de son salaire pour financer le renouvellement continu de sa garde-robe. C’est d’ailleurs le but des compagnies de vêtements de nous pousser à toujours plus dépenser pour des vêtements. Cesser de suivre la mode, c’est acheter moins et, bref, c’est économiser beaucoup d’argent et pouvoir profiter des autres plaisirs de la vie !

Hiver

Arrêter de suivre la mode, c’est trouver des solutions de rechange pour tourner le dos à cette industrie.

Par exemple, préconiser l’achat de vêtements de seconde main dans les friperies, échanger des vêtements entre amis et réparer/réinventer ses propres vêtements usagés. Ces alternatives, au-delà de leurs impacts positifs, sont aussi avantageuses financièrement. Finalement, il se peut que vous deviez toujours acheter un vêtement neuf. À ce moment, il est bien de faire des recherches pour savoir où vous l’achèterez , de quel type de textile il sera fait, où il sera produit et quelle industrie votre vêtement encouragera. Au bout de la ligne, arrêter de suivre la mode, c’est développer de nouvelles habitudes par rapport à cette industrie en restant conscient de l’impact que nos choix ont sur nous, sur notre planète et sur autrui.

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Article mis à jour le 8 février 2020, originalement publié le le 29 septembre 2018.

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