Transport durable

Compenser ses émissions de GES lors d’un vol d’avion: guide complet

Dans notre quotidien, nous tentons tous tant bien que mal de réduire nos émissions de gaz à effet de serre. Que ce soit en utilisant des transports plus durables, en mangeant plus local et moins de viande ou en consommant toujours moins et mieux, il reste une catégorie de nos actions qui est souvent oubliée: le transport aérien. Voyager est certes un plaisir de la vie, mais son impact environnemental est loin d'être négligeable.

Cette année, nous avons décidé d’aller vivre en Nouvelle-Zélande. Nous avons aussi pris connaissance de l’impact des vols d’avion sur l’environnement. Les billets d’avion et le visa étant déjà achetés, nous étions littéralement pris avec les culottes baissées. Nous devions trouver une façon d’amoindrir l’empreinte écologique de notre vol d’avion et nous nous sommes tournés vers la compensation de nos émissions de GES.

Après plusieurs lectures et de nombreux essais, nous vous présentons ce guide complet visant à expliquer le pourquoi, le comment et le combien de la compensation des GES ainsi que notre propre expérience pour notre vol Montréal > Auckland. Bonne lecture!

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Pourquoi compenser ses émissions?

Il faut comprendre qu’un vol d’avion augmente la quantité de gaz à effet de serre rejetés dans l’atmosphère lors de la combustion du kérosène par le moteur de l’avion (l’équivalent de l’essence pour l’automobile). De plus, les traînés de nuages que laissent les avions augmentent le forçage radiatif, c’est-à-dire la quantité de chaleur retenue dans l’atmosphère, augmentant encore plus le réchauffement de la planète. Au niveau mondial, le transport aérien est responsable de 2 % à 5 % des émissions totales de GES. Ce pourcentage vous semble faible? Peut-être, mais il n’y a qu’une faible partie de la population mondiale qui voyage. Et c’est tant mieux puisque l’empreinte environnementale d’un vol d’avion par individu est très élevée, comme le démontre l’exemple qui suit.

Exemple des émissions d’un vol trans-atlantique Montréal Paris

Un voyage aller-retour Montréal Paris génère pour chaque personne dans l’avion entre 1,6 et 2,8 tonnes d’équivalent de CO₂ (t. eq. CO₂). Cela correspond approximativement à un an de déplacement en automobile (15 000 km, environ 2,2 t. eq. CO₂). Cela veut dire que si vous vous déplacez à vélo toute l’année pour diminuer vos émissions de GES, mais que vous faites un vol trans-atlantique, vous polluerez autant que quelqu’un qui ne voyage pas mais qui utilise une automobile durant toute l’année. Impressionnant non?

Cela est assez pour convaincre quiconque qui voyage de réfléchir aux émissions de GES et de penser à la compensation comme méthode pour amoindrir l’impact environnemental des déplacements en avion. Sans être une solution parfaite (nous reviendrons plus tard avec nos critiques), il s’agit tout de même d’une mesure concrète et facile pouvant être mise en place dès maintenant.

Qu’est-ce que la compensation?

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Compenser, c’est contrebalancer les GES que l’on a émis dans l’atmosphère au moyen de diverses techniques. La quantité de GES émis que l’on veut compenser est calculée en tonnes métriques d’équivalent de dioxyde de carbone (t. eq. CO₂). Un des moyens pour compenser ses émissions est donner un montant à un organisme en fonction du nombre de t. eq. CO₂ que l’on a émis pour que cet organisme s’occupe de contrebalancer les émissions. Il existe deux grandes catégories de moyens que les organismes utilisent, par la suite, pour compenser vos émissions:

Captation du CO₂

Il s’agit de prendre le CO₂ dans l’atmosphère et de l’entreposer quelque part. En pratique, cela peut se faire via la plantation d’arbres qui est d’ailleurs la seule façon scientifiquement prouvée pour compenser les GES. Les arbres viennent naturellement séquestrer du carbone lors de leur croissance et ainsi réduire la présence de CO₂ dans l’atmosphère. Plusieurs facteurs sont à considérer pour une telle méthode: Est-ce que les arbres seront à l’abri d’activités humaines pendant 50-70 ans? Est-ce ceux-ci sont plantés en nombre plus élevé pour considérer les risques d’incendies? Est-ce que la plantation d’arbres a eu lieu strictement à cause de la demande de compensation?

Réduction à la source

La réduction à la source vise à améliorer l’efficacité énergétique et accroître l’utilisation d’énergies renouvelables pour permettre d’économiser une quantité de CO₂ égale à celle émise. Un exemple de ce type de projet est celui d’Air Canada qui vise à réduire les émissions de GES issues de ses activités, par l’allégement de ses appareils et par des méthodes de décollage et d’atterrissage moins énergivores. De ce fait, l’argent que vous donnez pour compenser vos émissions via la réduction à la source permet de financer la recherche ainsi que la mise en place de ce genre de moyens de réduction d’émission. Cela se fait habituellement via l’achat de crédits carbones, qui sont par la suite utilisés par les compagnies désireuses de réduire leur impact environnemental.

Comment calculer la compensation?

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Calculer la compensation est assez simple, mais très ambiguë. La plupart des organismes de compensation offrent la possibilité de faire le calcul sur leur site web, mais donnent des résultats différents quant au total des équivalents de CO₂ émis et au montant de la compensation. De plus, lors du choix de l’organisme, il faut faire attention à la fraude. Par exemple, certains organismes peuvent vendre des crédits carbone pour des arbres déjà plantés ou qui auraient de toute façon été plantés sans demande de compensation. Il est aussi possible de se faire avoir et de financer des projets dont l’impact sur l’environnement sera faible, voire nul.

Pour éviter ce genre de situation, il faut faire ses recherches pour choisir le bon organisme en lisant les documents qui expliquent le processus de compensation et en utilisant son jugement critique. Il faut s’assurer que le protocole est vérifié par un organisme indépendant et vérifier si les façons de faire respectent certains critères reconnus comme le Voluntary Carbon Standard ou le Voluntary Gold Standard.

Ainsi, à des fins de comparaison, nous avons trouvé et retenu quatre organismes offrant la possibilité de calculer et de compenser ses émissions de GES et qui respectent les critères ci-dessus:

  • Carbone Boréal (CB): Créé à l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC), Carbone Boréal est un programme de compensation des GES via la plantation d’arbres qui est dédié à la recherche sur les arbres, notamment dans leur rôle de séquestration de CO₂ pour la lutte aux changements climatiques.
  • Compensation CO Québec (CCO₂Q): Créé par des propriétaires de forêts privées du sud du Québec, CCOQ a le désir d’améliorer la situation de la planète en utilisant le territoire qu’ils détiennent comme superficie pour séquestrer du carbone pendant très longtemps via la plantation d’arbres.
  • Planetair (PA): Planetair permet de compenser ses émissions via l’achat de crédit carbone en finançant des projets de réduction de CO₂. Il s’agit donc de mettre en marché des crédits carbones, qui pourront être utilisés pour des projets d’énergies renouvelables, d’efficacité énergétique ou de reforestation. Il est même possible de choisir directement les projets financés.
  • Air Canada via Less (LESS): La compagnie aérienne Air Canada propose via un partenariat avec Less de compenser vos émissions de GES liés à votre vol d’avion. Il s’agit tout comme Planetair d’acheter des crédits carbones pour financer des projets de conservation de l’environnement. Ils proposent les crédits VER+ et Gold.

Nous calculons par la suite notre compensation résultante pour chaque organisme, calcul qui se fait en trois étapes:

  1. Calcul de la distance parcourue (km)
  2. Calcul des émissions de CO₂ (t. eq. CO₂)
  3. Calcul de la compensation ($)

Calcul de la distance parcourue (km)

CB et CCO₂Q demandent d’entrer une distance parcourue en avion et n’offrent pas de calculateur intégré de distance comme c’est le cas pour PA et LESS. Pour ce faire, vous pouvez utiliser les calculateurs de PA et de LESS pour trouver le nombre de kilomètres parcourus pour chacun des vols, ou utiliser des calculateurs en ligne comme Ephemeride (proposé par CB) ou HowManyHours (proposé par CCO₂Q).

Le calcul de la distance se fait pour chacun des vols séparément (c’est-à-dire pour chacune des escales) plutôt qu’un seul long vol qui sous-estimerait la distance réelle parcourue. Dans notre cas, le vol pour lequel nous voulions compenser les émissions était le suivant: Montréal > Auckland, en passant par Vancouver et Sydney. Les distances suivantes sont donc obtenues selon les différents sites web utilisés:

Montant

L’importance de calculer la distance pour chacune des escales est primordiale comme le démontre ces résultats. La distance de vol est grandement sous-estimée en considérant seulement un vol Montréal > Auckland (13 887 km) versus le trajet complet avec les deux escales (18 451 km). Somme toute, la distance totale parcourue ne varie que de 1,09% entre les différents calculateurs. Autrement dit, la distance est environ la même peu importe le calculateur utilisé.

Calcul des émissions de CO₂ (t. eq. CO₂)

Une fois les distances calculées, il faut calculer pour chacun des vols, les émissions de CO₂. Pourquoi? Il se trouve que le décollage et l’atterrissage demandent une quantité plus élevée de carburant ce qui fait en sorte que l’on doit entrer chacun des vols séparément pour considérer ces effets. Les résultats en tonnes de CO₂ émis par personne pour le trajet complet aller sont affichés ci-dessous:

Tonnes

La colonne « haute altitude considérée » indique si l’organisme tient compte de l’effet de la trainée tel que mentionné plus haut. CB obtient la plus grande quantité de CO₂ émise (5.08 tonnes pour le trajet complet) alors que CCO₂Q obtient la plus faible (2.22 tonnes). CCO₂Q ne considère pas l’effet de la haute altitude, ce qui diminue la quantité de carbone calculée alors qu’on peut croire que CB la considère, même si cela n’est pas indiqué sur leur site web. Les résultats de PA et de LESS sont assez prêts l’un de l’autre avec respectivement 3.14 tonnes et 3.55 tonnes, qui tombent à mi-chemin entre les quantités obtenues par CB et CCO₂Q.

Calcul de la compensation ($)

Une fois la tonne d’équivalent calculée, le montant de la compensation est obtenu directement via les quatre organismes. Bien sûr, si la tonne d’équivalent de CO₂ diffère, le montant diffèrera aussi. Les montants de compensation suivants sont obtenus pour chacun des vols du trajet Montréal > Aukland ainsi que le grand total:

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Les montants varient entre 64,40$ pour CCO2Q et 142,24$ pour CB. La compensation peut même aller jusqu’à 284,48$, si l’option «préventif pour le climat» est sélectionné. Cette option permet de verser le double de la compensation calculée, pour être plus conservateur et avoir l’esprit plus tranquille quant à la pérennité de notre compensation.

Pour notre vol payé au total 650$, la compensation peut donc représenter entre 13% et 45% de montant du billet d’avion. Il est intéressant de noter que le coût par tonne pour la compensation est sensiblement le même pour tous les organismes de compensation, ce qui fait en sorte que la différence entre les différents coûts de compensation émerge vraiment du calcul des émissions, plutôt que du coût de la compensation.

Notre décision

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Selon les différents calculateurs, nous avons émis pour ce trajet aller entre 2.22 et 5.08 t. eq. CO₂ (par personne), soit une moyenne d’environ 3.50 t. eq. CO₂ entre les différents calculateurs. Nous avons fait confiance au calculateur ayant obtenu la plus grande valeur, soit celui de Carbone Boréale. Premièrement, le fait que le calculateur considère trois catégories de vol (domestique, international court et international long) avec des calculs différents pour chacune des catégories nous permet de croire qu’il possède une plus grande précision. Deuxièmement, comme celui-ci est élaboré conjointement avec l’Université du Québec à Chicoutimi, nous croyons en la rigueur scientifique du calcul des émissions qui en découle.

Puis, comme le prix par tonne ne diffère pas grandement selon les organismes pour le montant de la compensation, nous y allons une fois de plus avec Carbone Boréale. Nous pensons que choisir Carbone Boréale est une bonne façon de mieux comprendre la science des changements climatiques et la plantation d’arbres au Québec nous semble plus naturelle et directe pour la séquestration de CO₂. Le choix du total préventif pour le climat peut aussi être une option à considérer, puisque celle-ci pense davantage aux générations futures, mais il faut la voir plus comme un don que comme une compensation. Que vous la choisissiez ou non, la compensation effectuée avec Carbone Boréale demeure tout de même, selon notre cas d’étude, la plus élevée des quatre organismes testés, ce qui veut dire que vous séquestrez plus de carbone que si vous aviez choisi l’une des trois autres.

Finalement, nous sommes quelque peu septiques quant aux solutions d’acheter des crédits carbones proposées par PA et par LESS. Nous doutons de la capacité à mesurer les gains nets en carbone des entreprises ou des projets pour ainsi valider que les crédits achetés ont servi à réduire la bonne quantité de GES émis dans l’atmosphère, même si ces deux organismes offrent des certifications et des garanties.

Les autres solutions

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Il faut l’avouer, compenser, c’est aussi se donner bonne conscience. Cela n’encourage pas le changement de comportement, qui est LE meilleur moyen pour diminuer ses émissions de GES. Rappelons-nous, qu’il est préférable de réduire à la source les émissions de CO₂, et donc de voyager moins fréquemment, plus près de la maison et ultimement, ne pas utiliser l’avion pour le faire.

Voici d’autres pistes de solution pour diminuer son impact environnemental lié aux vols d’avion:

  1. Réduire ses vols d’avions à 0 ou 1 par année
  2. Compenser automatiquement tous les vols effectués
  3. Choisir des destinations plus près de chez soi
  4. Rester plus longtemps dans un pays pour que les émissions en valent la peine
  5. Se déplacer en train pour éviter les vols domestiques
  6. Se déplacer en bateau de marchandise pour les vols transocéaniques

Et si une taxe sur tous les vols d’avion serait mise en place? Cela permettrait d’indiquer au consommateur le réel coût environnemental du transport par avion. Avec un pourcentage fixe du coût du billet d’avion, par exemple 25-45% du billet d’avion tel qu’obtenu avec le cas d’étude de notre article, cela décourageait probablement certains utilisateurs à prendre l’avion.

Voilà. En espérant que ce guide vous éclairera sur les différentes options qui s’offrent à vous pour compenser vos émissions de CO₂ si vous devez prendre l’avion. Peut-être qu’un jour, avec les avancées technologiques, il sera possible de voyager en avion avec moins de remords. Ici même au Québec, on commence à utiliser des biocarburants moins polluants créés à partir de graine de moutarde. Qui sait, c’est peut-être cela l’avenir du transport aérien?

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