Consommation responsable

Petit guide de l’investissement responsable

Dans un monde où nos actions sont à l’aube de déterminer la mitigation ou l’accélération des changements climatiques, plusieurs personnes remettent en question l’ensemble des aspects de leur mode de vie pour supporter la transition écologique. Un de ces aspects, parfois méconnu, mais qui peut grandement aider à promouvoir un avenir carboneutre, est l’investissement responsable. Ici, je vous présente un petit guide sur ce type d’investissement dans le but d’élargir votre champ d’action vers un monde plus vert.

0. Mise en garde ⛔️

Je ne suis pas une conseillère financière et je ne suis, donc, pas accréditée par la loi pour émettre des recommandations financières. Ainsi, cet article vise seulement à informer sur l’investissement responsable et fera état de mes opinions. C’est pourquoi je m’abstiendrai de proposer quelconques produits financiers. Comme le rappelle l’Autorité des marchés financiers, pour investir, il est grandement recommandé de vous tourner vers un professionnel de l’investissement.

1. Comprendre le rôle de son argent 💰

Investir peut sembler nébuleux et, surtout, être un geste qui doit être laissé aux professionnels de la finance (avec raison). Ainsi, après avoir accumulé une somme digne d’être investie, le réflexe général est de se tourner vers une institution financière pour obtenir de l’aide. Sur place, la situation est toujours similaire : on passe un interrogatoire sur notre niveau de risque et notre horizon de placement. Peu importe les réponses, notre gagne-pain finira par prendre la route, assez rapidement et simplement, des limbes des marchés financiers. Or, dans un tel entretien, une question fondamentale reste en suspens :

Quel type d’impact voulez-vous que votre argent aille?

De nos jours, la conscience des gens s’est accrue à un tel point qu’un aliment ou un bien, avant son achat, sera ausculté pour avoir un portrait exact de son empreinte : pays de production, conditions de travail, matériaux, déchets et autres éléments pèseront dans la balance pour déterminer l’achat ou non d’un produit. Or, lorsque vient le temps d’investir de l’argent, plusieurs oublient de réfléchir à l’impact environnemental ou social de leurs investissements. Investir peut sembler complexe et le processus est plutôt opaque. Ainsi, les questions suivantes sont omises de la réflexion, et ce, non sans conséquence :

  • Est-ce que mon argent encourage des compagnies qui œuvrent dans l’exploitation des énergies fossiles ? 🛢
  • Est-ce que certaines compagnies de mon portefeuille contribuent à l’exploitation d’enfants ou à la production d’armes ? 🔫
  • Est-ce que celles-ci paient de façon juste leurs impôts ou sont-elles incorporées dans des paradis fiscaux ? 🏝

Un manquement à ce genre de questionnements peut mener à des distorsions dans le comportement d’un individu. D’un côté, une personne pourrait faire attention à diminuer sa consommation de viande ou à acheter des produits certifiés équitables, et, de l’autre, investirait, sans le savoir, dans l’industrie de la viande ou dans des entreprises qui exploitent des enfants. Ces actions, contre-productives, démontrent que la personne a compris comment utiliser son pouvoir de consommateur, mais n’a pas encore pris connaissance de son pouvoir d’investisseur

Investir, c’est voter !

Ou comme disait Laure Waridel, Acheter, c’est voter !

En choisissant de mettre son argent dans une compagnie plutôt qu’une autre, on envoie un message. On transfère un flot d’argent qui, normalement, irait vers des compagnies polluantes vers des compagnies à faible impact environnemental ou aux objectifs de mitiger les changements climatiques. En faisant ainsi, on donne non seulement un levier à des entreprises qui veulent créer un avenir plus sobre en carbone, mais on montre aussi notre préférence pour ce type d’entreprise. Un investisseur seul dans l’océan des échanges sur les marchés financiers n’a pas d’impact, mais, si plusieurs se mettent à se désinvestir des entreprises fortement émettrices, un mouvement peut se créer favorisant ainsi les compagnies qui œuvrent à créer un avenir plus vert (on y reviendra au point 6).

Ainsi, porter une attention particulière à ses investissements, c’est choisir quelle compagnie encourager ou non et, en fin de compte, avoir un impact social et environnemental qui va au-delà de l’objectif pécuniaire standard. Mais, maintenant, comment choisir dans quoi investir?

2. Reconnaître les meilleurs ou les pires : les normes ESG 🥇

Depuis quelques années, des normes d’investissement ont vu le jour pour catégoriser un investissement par rapport à un autre et permettre aux gens de marier leurs investissements à leurs actions responsables. Ces normes forment l’acronyme ESG pour environnement, social et gouvernance. Selon leur niveau d’engagement dans chacune de ces normes, les compagnies reçoivent un score qui les classent comme premières de classe si elles  :

  • E : Protègent l’environnement, limitent leur émission de GES, réduisent la pollution…
  • S : Offrent des conditions de travail justes, sont équitables entre les femmes et les hommes, respectent les droits de la personne…
  • G : Évitent la rémunération excessive de la haute direction, ont une comptabilité transparente…

Ou comme dernières de classe si elles :

  • E : Génèrent beaucoup de déchets, exploitent à outrance les ressources naturelles sans se soucier de leur pérennité…
  • S : Font travailler des enfants, n’intègrent pas les minorités…
  • G : Ne favorisent pas l’indépendance entre les membres du conseil d’administration et les dirigeants, ne paient pas leur part d’impôt…

Le score attribué à chaque entreprise permet de comparer facilement une compagnie par rapport à une autre et, ensuite, de bâtir un portefeuille d’investissement plus neutre en carbone et aux normes sociales et de gouvernance plus élevées.

3. Choisir sa stratégie d’investissement 🔍

Basées sur les scores ESG, deux stratégies dominantes s’offrent à un investisseur pour bâtir un portefeuille plus responsable : le negative screening et le positive screening, que je traduirai respectivement par l’exclusion des pires et l’inclusion des meilleurs :

  • Negative screening : Un exemple d’exclusion des pires serait d’investir dans un fonds qui reproduit le S&P 500 (indice regroupant les 500 plus grandes compagnies aux États-Unis) en excluant celles qui ont les pires scores ESG. En plus du score ESG peuvent s’ajouter des critères spécifiques comme l’exclusion de compagnies qui œuvrent dans la fabrication d’armes controversées, la production de tabac, dans l’exploitation des énergies fossiles ou toutes autres activités considérées comme nuisibles.  
  • Positive screening : La seconde stratégie d’investissement, l’inclusion des meilleurs, consiste à ne converser que les compagnies avec le score ESG le plus élevé qui sont donc susceptibles d’être les moins grandes émettrices de GES, d’avoir de bonnes pratiques de travail, d’assurer l’égalité des sexes et d’avoir une bonne gouvernance.

À ces deux stratégies dominantes s’ajoute la stratégie d’investissement d’impact (ou impact investing). Elle consiste à investir dans des entreprises qui veulent avoir un impact dans le monde en créant, par exemple, des technologies propres ou en donnant des emplois à des minorités. Par exemple, investir dans une entreprise qui crée des emplois pour les femmes dans un pays en voie de développement favorisant leur indépendance est un investissement d’impact. À mi-chemin entre la philanthropie et l’investissement financier, ces investissements visent à atteindre deux buts : générer des rendements financiers et avoir un impact social et environnemental.

4. Passer à l’action 👊🏻

Nul besoin d’être un investisseur aguerri pour pouvoir faire de tels investissements. De plus en plus d’entreprises financières, grâce à la demande accrue des investisseurs, offrent des produits qui correspondent à la définition de l’investissement responsable. Que vous fassiez affaire avec un conseiller financier ou que vous investissiez par vous-même, vous n’aurez pas de mal à trouver des produits d’investissement responsable. Vous trouverez d’ailleurs une liste non exhaustive d’exemples à la fin de cet article.

⚠️ Attention à l’écoblanchiment ou « green washing » ⚠️

Il ne faut pas oublier d’apporter un peu de jugement avant de choisir un produit financier par rapport à un autre. Le problème avec les normes ESG est leur non-conformité. En effet, en Amérique du Nord, il n’existe aucune réglementation qui encadre l’investissement responsable. Donc, d’une société d’investissement à l’autre, le score ESG peut varier en fonction de l’importance mise à une lettre plutôt qu’une autre. Ainsi, les entreprises et banques fournissant  des produits d’investissement peuvent user du marketing pour promouvoir des produits qui peuvent ne pas être responsables du tout. Bref, le green washing est partout et en tant que consommateur, il faut y faire très attention.

5. Rendement de l’investissement responsable 📈

Favoriser certaines entreprises plus responsables par rapport à d’autres peut apporter un risque supplémentaire en termes de rendement. Or, parmi les risques liés aux changements climatiques pour les marchés boursiers, un de ceux-ci est le risque de transition. Ce dernier correspond au fait que les gouvernements pourront imposer des normes environnementales plus strictes aux entreprises pour les inciter à effectuer une transition écologique. Des politiques publiques, comme la taxe carbone, pourraient ainsi limiter les profits de certaines entreprises fortement émettrices de GES et les rendre moins rentables. À l’inverse, les compagnies venant amoindrir les changements climatiques (comme celles œuvrant dans les technologies propres) pourront peut-être bénéficier de subventions ou de crédits d’impôt augmentant ainsi leurs profits.

Déterminer si investir dans des entreprises plus vertes et plus responsables socialement peut générer plus de rendement ou pas est loin d’être facile. Cela dépendra de plusieurs facteurs et de la vitesse à laquelle les changements viendront. Nous sommes peut-être rêveurs, mais nous aimerions croire que nous nous dirigeons vers un monde qui vise la carboneutralité.

6. L’investissement responsable pour la transition écologique ⚡️

Le GIEC le réitère dans chacun de ses rapports : il nous faut réduire nos émissions de GES d’ici 2050 pour pouvoir limiter la hausse des températures à 2°C au-dessus de celles de l’ère préindustrielle. Sans cela, les conséquences pour l’humanité seront irréversibles : vagues de chaleur, sécheresses, inondations et autres catastrophes naturelles. Pour éviter le pire, il faut amorcer une transition et créer de nouvelles sociétés qui considèrent les limites écologiques de notre planète. Il faut des changements au niveau de nos infrastructures, de nos procédés et notre mode de vie qui intègre l’idée que l’accumulation de biens n’est simplement plus possible. Or, l’investissement requis pour faire une telle transition est substantiel étant donné les changements qui devront être financés : bâtiments écoénergétiques, électrification des transports, réaménagement du territoire, projets d’agriculture régénératrice, etc.

Malgré que nous puissions faire partie de cette transition en investissant dans des entreprises plus vertes, des joueurs détenant des fonds beaucoup plus élevés qu’un seul individu pourront être des acteurs de premier plan dans le financement d’une telle transition : les fonds de pension. Détenant le bas de laine de millions d’épargnants pour leur retraite, les fonds de pension sont ceux qui ont le capital pour avoir un impact substantiel sur les marchés financiers et sur la transition écologique. En décidant comme l’a fait le fond souverain de la Norvège, de se désinvestir du charbon et d’investir dans les énergies solaires et éolienne, l’appui à la transition vers un monde plus carboneutre est sans équivoque. Ainsi, investir dans des compagnies plus vertes et plus justes au niveau social va de soi, mais les fonds de pension et autres fonds sont ceux dont la transition est nécessaire de par l’ampleur de leurs capitaux. En tant qu’épargnant, il faut, donc, convaincre les gestionnaires de fonds de sortir des énergies fossiles et d’investir notre argent de manière responsable.

7. Investir ou ne pas investir ❓

Pour certains critiques du capitalisme ou pour les puristes du mouvement écologique, investir est à l’antithèse de protéger l’environnement. En effet, ce modèle est basé sur l’espérance d’un profit et implique donc une croissance continue pour avoir un retour sur son investissement. Or, investir de façon responsable permet d’influencer les tendances pour tendre vers un monde non complètement changé, mais quelque peu meilleur. Il permet un changement par le nombre et par les processus qui sont déjà en place. Ainsi, si de plus en plus de gens et de fonds de pension se désinvestissent de compagnies fortement polluantes et émettrices de GES au profit d’entreprises favorisant un futur carboneutre, l’influence peut être considérable, et ce, beaucoup plus que si tous nous ne tentons que d’améliorer notre petit monde sans interagir avec celui de la finance. Le problème est global et les marchés financiers permettent, d’une certaine façon, une action globale. Si vous avez de l’argent de côté, que préférez-vous : que votre banque utilise votre argent pour investir où bon lui semble ou que vous ayez le choix du type d’investissement ? Poser la question c’est y répondre.

8. En conclusion ✌🏻

Investir de façon responsable est une des nombreuses actions que l’on peut poser pour tendre vers un monde plus juste et plus vert. J’ai tenté ici de vous convaincre de son importance, en vous donnant les pistes pour vous y intéresser davantage et prendre votre (notre) avenir financier en main. Bon investissement !

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Pour en savoir plus sur le sujet :

Des exemples d’investissement «dits» responsable trouvés sur le web :

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